ALAIN DELON: biographie


Acteur, producteur et réalisateur, Alain Delon est né à Sceaux en 1935, sous le signe du scorpion. Tres jeune, apres une scolarité tumultueuse, il fuit un foyer désuni, et a 17 ans, il s'engage dans la marine, et part pour l'Indochine.

De retour en France, il exerce divers petits métiers, notamment celui du fort des Halles. C'est par hasard, et parce qu'il est servi par un physique exceptionnel qu'il aborde, en 1957, les milieux du cinema, sans formation dramatique particulière.

Lorsqu'apparaissent pour la pemièrere fois, dans "Quand la femme s'en mele" (Yves Allegret, 1957), la silhouette mince et nerveuse, le visage presque adolescent d'un inconnu nommé Alain Delon, face à l'experience d'une Edwige Feuillere, d'un Bernard Blier ou d'un Jean Servais, les plus perspicaces notent seulement combien cette beauté juvénile ne rend que plus inquiétant son rôle de tueur à gages.

Le jeune Delon ne s'impose en effet pas par sa maitrise de l'art dramatique, mais par un physique de jeune premier en rupture avec l'insipidité des habituels détenteurs de ces rôles. Il tourne dans la foulée "Sois belle et tais-toi" (Marc Allegret, 1957), film dans lequel il rencontre Jean-Paul Belmondo avec qui il partagera un temps les sommets du box-office. Christine Pierre ( Gaspard-Huit, 1958) marque seulement sa rencontre avec Romy Schneider, déja vedette. Le jeune premier romantique fait ses classes avec Michel Boisrond (Faibles femmes, 1958; le Chemin des écoliers, 1959; les Amours célèbres, 1961); le jeune cinéaste parait alors incarner une alternative entre la tradition et le laisser-aller apparent du ton de la Nouvelle Vague.

Avant de brouiller les cartes ou de dominer la partie, il choisit d'en connaitre les règles. En 1959 se situe, dans cette perspective, la première grande rencontre professionnelle de Delon: René Clément lui propose le role de Tom Ripley dans "Plein Soleil", d'apres le roman de Patricia Highsmith. Dans ce film il affirme sa singularité dans le cinéma français: une ambiguité entre une beauté angélique et un fond maléfique et determiné. Plus que tout autre acteur en France, Delon construit dès lors son personnage qui trouvera sa forme a la fois la plus élaborée et la plus shématique dans "le Samourai" , sous la direction de Jean-Pierre Melville. Dès 1958, Lucchino Visconti, a la recherche de l'interprète du film qu'il est en train d'ecrire, "Rocco et ses freres", voit immédiatement en Delon "son Rocco". C'est plus encore la beauté, l'aisance, l'appétit de vivre, le charme conquérant , que Visconti met en valeur, deux ans plus tard, dans "le Guépard".(1962): Trancredi n'est pas seulement un ètre vorace et cynique, explique le cinéaste.

Encore au debut du processus de déformation et de corruption, on peut voir se refleter sur sa personne ces éclairs de civilisation, de noblesse et de virilité que l'immobilité féaodale a cristallisé. C'est aussi sur une irréductible évolution sociale et historique que repose le personnage de Piero dans" l'Eclipse" (1961). Cette fois le processus est achevé : Piero officie dans le temple de la négociation et de la dégradation des valeurs, virevoltant avec les ordres, les titres et les milliards de lires, indifférent à la ruine de ses clients, ayant trop peu de temps a perdre pour engager une relation amoureuse autre que purement physique.

Sa rencontre avec Gabin en 1962 sur le plateau de "mélodie en sous-sol" est évidemment essentielle. Si ni Delon ni Gabin ne croient aux écoles et à l'enseignement du métier, on peut voir dans ce film un passage de relais entre le vieux et le môme. A une époque ou l'antihéros, le héros de l'absurde a envahi l'écran, Delon y oppose des personnages positifs (a la fin parfois tragique), mème s'ils ne peuvent échapper à une atmosphère de décadence morale et sociale qui n'a malheureusement pas les charmes vénéneux de l'univers viscontien : "les Centurions" (1966), "les Aventuriers" (1967), "Adieu l'ami" (1968).

Dans les années 70, Delon apparait comme "l'Homme pressé" (1977) d'Edouard Molinaro. Si Delon produit du french star system, comme le prétendaient naïvement des publications à vocation culturelle, son premier film "l'Insoumis" (1964) d'Alain Cavalier est un échec. Delon brouillant les pistes, s'y traine blessé, sanglant, le visage crispé.

Les trois films que Delon tourne sous la direction de Jean-Pierre Melville comptent parmi ses plus célèbres: "le Samourai" (1967), le "Cercle rouge"(1970), "un Flic" (1972). Il développe et pousse à l'extrème deux aspects essentiels du personnage de Delon : le fétichisme du vètement (chapeau et imperméable) et le professionnalisme. Sans nier la fascination qu'exerce toujours l'acteur dans des rôles plus classiques, c'est lorsque qu'il risque le plus son image ("le Professeur" de Valerio Zurlini), lorsque son personnage sort de ses marques que Delon est le meilleur, que l'acteur prend définitivement le pas sur ce qu'il a appris du métier de comédien.

Avec le remarquable "Mr. Klein" de Joseph Losey, il produit le film d'un grand réalisateur auquel il donne carte blanche. Il y trouve un de ses plus beaux rôles de double (avec celui de "Nouvelle vague"), d'autant plus beau que la conclusion, en maintenant le doute donne largement à penser qu'il s'agit d'un faux double. Ceux qui furent surpris de voir l'acteur s'embarquer dans des oeuvres aussi modernes et risquées que "Notre histoire" (1984) de Bertrand Blier et "Nouvelle Vague" (1989) de Jean-Luc Godard avaient sans doute oublié le film de Losey. Tous les grands du cinéma nous surprennent et se dépassent lorsqu'ils ont l'audace de se confronter à ce qui semblait le plus éloigné d'eux-mèmes. La carrière d'Alain Delon le prouve.


Biographie officielle d'Alain Delon